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En tant que CIO observant les transformations technologiques, le CES 2026 livre un message sans ambiguïté : l’IA n’est plus une question de performance modèles isolés, mais d’ingénierie de systèmes complets à exploiter à l’échelle. Pour un décideur à Paris regardant ces tendances à distance, les implications sont directes et structurantes.

L’IA devient une affaire d’ingénierie industrielle

Chaque année, on me fait la même remarque sur le sens d’une visite (virtuelle) au CES pour un CIO. Pourquoi s’intéresser à un Consumer Electronics Show ?  Cependant, cette édition 2026 remet rapidement en cause cette interprétation. Ce que je vois au CES aujourd’hui ressemble moins à une vitrine de produits qu’à un stress test grandeur nature. Un endroit où l’on peut observer, en conditions presque réelles, ce que les systèmes technologiques vont imposer à l’IT d’entreprise dans les prochaines années.

Dans les keynotes infrastructure, la tonalité est remarquablement cohérente. Chez NVIDIA, le discours ne tourne plus autour de la performance d’un modèle pris isolément. Jensen Huang répète une phrase clé : « The ChatGPT moment for physical AI is here. » Mais avant cela, il s’arrête sur des choses très concrètes : racks entiers, interconnexions réseau mesurées en térabytes par seconde (260 TB/s au niveau rack pour les GPU Rubin), refroidissement liquide, sécurité intégrée, orchestration logicielle. L’accent est mis sur le débit réel, la stabilité et la capacité à opérer à l’échelle.

Concrètement, la nouvelle génération d’architecture permet de multiplier la vitesse de communication entre processeurs et accélérateurs, tout en augmentant significativement la capacité d’échange de données entre les unités de calcul. Pour un CIO, cette bascule est déterminante : elle déplace le centre de gravité des décisions. On quitte les comparaisons de modèles pour entrer dans des choix d’architecture, de dépendance fournisseur, de trajectoire de coûts et, surtout, de capacité opérationnelle réelle.

L’énergie s’invite massivement dans le périmètre du CIO

C’est l’un des signaux les plus frappants et probablement l’un des plus sous-estimés.

Au fil des échanges sur les data centers, le refroidissement et la densité de calcul, l’énergie revient constamment. Et les chiffres sont impressionnants : certaines estimations suggèrent que les data centers pourraient représenter jusqu’à 12% de la consommation électrique totale des États-Unis d’ici 2030. En Europe, la projection des besoins en IA devrait représenter 4 à 5% de la demande totale d’électricité d’ici 2030 (contre 2 à 3% en 2024).

Puissance électrique disponible, résilience, localisation géographique, délais d’accès. Le computer se rappelle à nous dans toute sa matérialité. Il consomme, il chauffe, il dépend d’infrastructures lourdes et de contrats long terme. Ce que l’industrie appelle maintenant le métrique clé : « tokens per watt per dollar« . Il ne s’agit plus simplement d’utiliser moins d’énergie, mais d’utiliser l’énergie de façon aussi efficace que possible, car les contraintes de puissance sont le seuil qui empêche la croissance.

Pour la France spécifiquement, cette réalité change encore plus la donne. La Commission Européenne prépare un Data Centre Energy Efficiency Package pour Q1 2026, visant des data centers carbon-neutral d’ici 2030. Et déjà, les annonces de projets comme ceux d’Île-de-France parlent de gigantesques centres de données aux capacités atteignant les 5 GW, poussant les géants de la tech à considérer l’utilisation de centrales nucléaires pour alimenter leurs data centers.

Concrètement, cela change la nature des arbitrages que je dois poser. Les choix cloud ou on-prem cessent d’être théoriques. Ils deviennent physiques, financiers, parfois territoriaux. Ils imposent des discussions plus structurantes avec la finance et les opérations. Le CES 2026 remet le CIO face à cette réalité très simple, faite de watts, de mètres carrés et d’engagements sur plusieurs années.

Les agents IA arrivent sur le poste de travail et sur le terrain

Autre bascule nette que j’observe cette année. L’IA se rapproche des usages quotidiens et se décentralise.

Entre les annonces de PC conçus pour l’IA (AMD annonce ses nouveaux Ryzen AI 400, Intel lance ses Core Ultra Series 3 sur 18A), les agents hybrides mêlant cloud et calcul local, et les démonstrations d’edge intelligence, la technologie glisse vers les points de contact directs avec les utilisateurs et les opérations. Des entreprises comme Caterpillar montrent comment NVIDIA Jetson Thor – une platform edge AI- peut tourner localement sur une machine de chantier, interprétant les demandes via Nemotron speech models sans dépendre du cloud.

Cela élargit considérablement le périmètre du système d’information. Pour l’IT, les implications sont immédiates. Les surfaces d’attaque s’étendent, la gouvernance des données locales devient critique, et les modèles de support et de responsabilité doivent évoluer. L’IA s’inscrit désormais là où le SI touche le réel, avec toutes les exigences de contrôle et de fiabilité que cela suppose.

La « Physical AI » s’installe dans des contextes crédibles et déployables

La robotique et les systèmes autonomes occupent une place beaucoup plus mature cette année. Mais surtout : ce ne sont plus des curiosités technologiques. Elles s’inscrivent dans des environnements industriels, logistiques ou urbains, avec des contraintes fortes de sûreté et de continuité de service.

Boston Dynamics a dévoilé une version production-ready de l’Atlas humanoid, capable de soulever 110 livres et opérant de -20°C à 40°C. Plus important encore : Hyundai Motor Group a annoncé qu’elle construirait une nouvelle usine robotique capable de produire 30 000 unités d’Atlas par an. Les premiers robots sont déjà en 2026 et seront déployés chez Hyundai à partir de 2028 pour des tâches de séquençage de pièces, puis d’assemblage.

Unitree Robotics a présenté une stratégie explicite de Robot-as-a-Service, signalant une transition vers le déploiement commercial à l’échelle mondiale plutôt que vers une phase expérimentale. LG Electronics a démontré CLOiD, un robot capable de plier du linge, charger un lave-vaisselle et préparer des repas … utilisant l’infrastructure de simulation NVIDIA Isaac pour apprendre des gestes mimés sur vidéo. Derrière chaque robot, je retrouve les mêmes briques familières pour un CIO : du software, de la donnée, de la cybersécurité, et une responsabilité opérationnelle bien réelle.

Le CES 2026 rend très visible cette évolution du rôle du CIO vers des domaines où l’IT et l’OT se confondent de plus en plus. La robotique n’est plus une chimère à 10 ans ; c’est un sujet de roadmap IT pour les 2-4 années à venir.

Ce que le CES 2026 change pour moi en tant que CIO

Le CES ne me donne pas de feuille de route prête à l’emploi. Il m’oblige à regarder la réalité telle qu’elle se présente, sans filtre. En 2026, m’y intéresser ne relève pas de la recherche d’inspiration. Il s’agit plutôt de tester mes convictions face à ce qui arrive réellement sur le marché. Qu’est-ce qui mérite de passer à l’échelle. Quelles dépendances suis-je prêt à accepter. Où placer les garde-fous avant que la vitesse ne devienne un risque.

Ce que le CES rend visible cette année, c’est une matérialité nouvelle de l’IA. Elle consomme des watts qu’il faut contractualiser. Elle tourne sur des racks qu’il faut refroidir. Elle se déploie sur des edges qu’il faut sécuriser. Elle anime des robots qu’il faut superviser. Chacune de ces réalités impose des décisions structurantes que je dois poser maintenant, pas dans six mois. Pour la France spécifiquement, cette matérialité se double d’une contrainte réglementaire croissante. L’infrastructure IA n’est plus une question technique isolée, elle devient un sujet de conformité énergétique, de souveraineté des données, d’éthique et de responsabilité opérationnelle.  Le CES me rappelle que mes choix d’architecture aujourd’hui déterminent ma marge de manœuvre réglementaire demain.

Si cette édition CES 2026 marque un tournant, c’est parce qu’elle rend une chose très visible : l’IA est désormais un sujet de responsabilité exécutive. Pas une tendance technologique, pas un projet IT. Une infrastructure que les CIOs doivent architecturer, opérer et gouverner aux côtés de la finance, du risque et de la stratégie.

Et c’est précisément pour cela que, chaque année, je continue à m’intéresser au CES… et pourquoi en 2026, c’est devenu incontournable.

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